Le mal aigu des montagnes ? L'ivresse des profondeurs ? Quoi qu'il en soit, voici un récit de course délirant certes, mais qui ne manque pas de fondant (histoire de rester dans la problématique actuelle du réchauffement climatique)...
Il faut savoir prendre des risques, me suis-je dis hier soir en attaquant, seul et en plein hiver, le Mont d’Or qui me narguait si longtemps… depuis le bac à légumes de mon frigidaire.
Oui !, je le sentais prêt à vaincre sous mes coups de crampons, heu… fourchettes, et sa fine croûte légèrement croustillante telle la neige transformée sous l’action répétée du regel nocturne, s’est délicatement brisée sous le poids de la pomme de terre !!! Que d’émotion à ce moment précis, et la photo est là pour immortaliser cet instant de bonheur, un vrai sommet de… gastronomie.
Le plus délicat dans cette entreprisse d’envergure, ne fut ni la préparation (j’avais répété chaque geste), ni la motivation (j’en avais à revendre), ni la logistique (pain de campagne et patates en robe des champs à profusion), mais bien la cuisson du fromage qui représentait à mes yeux un danger objectif bien réel. Non, les secours du PGHM (Patate Grillée sur le Haut du Mont d’or) ne sont pas intervenus ce soir là, et j’ai pu sauver tout le matériel !
Voici en quelques lignes la fiche technique de cette exploration papillaire que je vous recommande, c’est la saison où jamais.
Matériel :
Un Mont d’Or arrivant à maturation (fiez-vous à votre odorat), des gousses d’ail, des pommes de terre à bouillir, du pain de campagne, et un
blanc du Jura, sec de préférence.
Un Mont d’Or se reconnaît à la boîte en épicéa qui protège son précieux contenu, ne vous fiez donc pas aveuglément aux contrefaçons.
Approche :
Piquer le Mont d’Or avec un couteau, insérer quelques gousses d’ail dans la pâte moelleuse et y verser environ 10 cl de vin blanc. Surtout gardez le reste ! Entourez la fameuse boîte en épicéa avec du papier aluminium (votre fromage ressemble alors à un satellite artificiel paré au lancement), et faites le cuire à 200 °C pendant 25-30 mn en surveillant la cuisson.
Pendant ce temps, disposez sur une assiette des morceaux de pain de campagne et quelques belles pommes de terre cuites au préalable. Confectionnez une petite salade composée garnie de quelques cerneaux de noix, réservez-la. Enfin, quelques assouplissements du coude peuvent s’envisager, mais attention aux faux mouvements…
Assaut final :
Au « ding » retentissant du four, sortez l’engin précautionneusement, et selon votre convenance, trempez les différents morceaux dans
la boîte, où versez le fromage fondu directement dans
l’assiette.
Prenez votre temps et gérez l’effort, surtout pas de geste inutile.
A la différence d’une expédition lourde dans l’Himalaya, cette entreprise doit être réalisée en style alpin, seul et sans acclimatation, le choc gustatif n’en sera que plus grand...
Bon appétit !!!
Camp de base avancé de Vhal Lhoriss (43° 34' N, 7° 03' E)
vendredi 2 mars 2007